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Fintech : comment les néobanques gagnent-elles vraiment de l'argent ?

Interchange, abonnements, flottant, prêts : décryptage des modèles économiques des néobanques européennes, entre promesse de gratuité et rentabilité recherchée.

Fintech : comment les néobanques gagnent-elles vraiment de l'argent ?

Les néobanques — Revolut, N26, Monzo, Nubank, et bien d'autres — ont séduit des centaines de millions de clients dans le monde avec des comptes gratuits ou peu chers et des applications soignées. Mais une question revient sans cesse : si le service est « gratuit », d'où vient l'argent ? Le modèle est plus subtil et plus varié qu'il n'y paraît, et le comprendre éclaire toute l'économie de la fintech.

1. L'interchange : le carburant historique

À chaque paiement par carte, le commerçant paie une commission (les « frais marchands »), dont une partie — l'interchange — revient à la banque qui a émis la carte. Multiplié par des millions de transactions, cela devient une source majeure pour les fintechs de paiement. Nuance importante : en Europe, l'interchange est plafonné par la réglementation (0,2 % sur les cartes de débit, 0,3 % sur le crédit pour les cartes grand public). Le modèle européen est donc structurellement plus tendu qu'aux États-Unis, où ces frais sont bien plus élevés.

2. Les abonnements premium (le freemium)

Le modèle « freemium » est central : un compte de base gratuit qui acquiert massivement des utilisateurs, et des formules payantes mensuelles (assurances voyage, retraits illimités, cartes métal, cashback, catégorisation avancée). Ces abonnements génèrent un revenu récurrent et prévisible — le Graal de tout modèle économique.

La gratuité attire les utilisateurs ; les abonnements et les services financiers les rentabilisent.

3. Le produit de la trésorerie (le « float »)

L'argent déposé par les clients ne dort pas : il peut être placé, notamment en obligations d'État de court terme ou déposé auprès de la banque centrale. Avec la remontée des taux à partir de 2022, ce revenu d'intérêts (le « net interest income ») est devenu très significatif et a même propulsé plusieurs acteurs vers la rentabilité. C'est un revenu très dépendant de la conjoncture monétaire.

4. Le crédit, le change et les services

Les acteurs les plus matures diversifient : crédit (marges d'intérêt, cartes de crédit, « buy now pay later »), courtage et plans d'épargne, frais de change sur les opérations en devises, abonnements pros, parfois assurance ou crypto. Nubank au Brésil, par exemple, a bâti sa rentabilité sur le crédit à une population sous-bancarisée.

Le vrai défi : de la croissance à la rentabilité

Acquérir des millions d'utilisateurs a été, avec de gros budgets marketing, relativement « facile ». Les rendre rentables l'est beaucoup moins : le revenu moyen par utilisateur d'un compte gratuit est faible, et le risque de crédit peut coûter cher. Les néobanques qui réussissent sont celles qui transforment un compte gratuit en une relation financière complète (le client y met son salaire, son épargne, ses crédits) — pas celles qui se contentent d'une belle interface. La longue route de N26, Monzo ou Starling vers les premiers bénéfices l'illustre bien.

Sources et références